Certains ressemblent à du bois, d’autres à du plastique, mais affichent fièrement leur part de fibres de bambou. Les plats en bambou ont conquis les étals écolos ces dernières années. Matériau naturel, facile à produire, bonne conscience à la clé. Acheter du bambou, c’est agir pour soi, pour la planète. Enfin, c’est ce qu’on veut nous faire croire. Ou pas ?
Le bambou, ce n’est jamais juste du bambou. Derrière une allure brute, certains produits cachent en réalité des résines synthétiques. Et ces ajouts ne sont pas sans conséquence. Dernièrement, des signaux d’alerte sur leurs effets pour la santé ont commencé à circuler. Face à ça, nous sommes allés creuser, sans hésiter. Résultat : plusieurs produits ont quitté notre catalogue.
Informer, sensibiliser, voilà aussi le rôle de notre boutique en ligne. Il nous a donc semblé nécessaire de faire le point ici, pour que chacun puisse décider, avec des éléments concrets, s’il accorde sa confiance à ce type de produits.
À première vue, tout a l’air naturel. Pourtant, la réalité est plus complexe.
Certaines gammes de vaisselle en bambou sont loin d’être aussi pures qu’elles le prétendent. Souvent, elles sont fabriquées à partir de poudre de bambou agglomérée à une résine de mélamine. Ce liant synthétique, véritable « colle », façonne le produit, le rend résistant, prolonge sa vie. Pratique, évidemment. Mais ce cocktail ne fait pas que des heureux : la résine de mélamine apporte aussi son lot d’inconvénients peu avouables.
Une résine qui n’a rien de naturel
Le mot « résine » rappelle la sève collante des arbres. Pourtant, celle utilisée ici est d’origine industrielle. En général, l’étiquette ne dévoile rien du mélange. La résine de mélamine-formaldéhyde se retrouve partout : panneaux de particules, colles, liants, articles en plastique, ustensiles de cuisine. Mais elle contient deux substances problématiques : la mélamine et le formaldéhyde.
Mélamine : fabriquée à partir d’urée, elle intervient aussi dans la fabrication de plastiques ignifugés, d’engrais ou de résines. On la croise même dans certains produits pour l’élevage d’insectes.
Risques sanitaires liés à la mélamine
Voici ce que la littérature scientifique signale à propos de la mélamine :
- La mélamine s’accumule dans les reins, où elle peut réagir avec l’acide cyanurique pour former des cristaux. Résultat : inflammations, calculs rénaux, troubles du fonctionnement, voire formation de tumeurs.
- L’Organisation mondiale de la santé fixe la dose journalière tolérable de mélamine à 0,2 mg par kilo de poids corporel, pour tout le monde, nourrissons compris.
Formaldéhyde
Risques sanitaires liés au formaldéhyde
Substance organique présente dans la nature, c’est aussi un ingrédient de base pour fabriquer colorants, vernis, adhésifs, pesticides. Un quart de la production mondiale de formaldéhyde sert à produire des résines mélamine-formaldéhyde, qui finissent dans les panneaux ou la vaisselle en bambou.
- Le formaldéhyde est reconnu pour sa toxicité. Il est classé mutagène et cancérigène par le Centre international de recherche sur le cancer. Les voies respiratoires sont particulièrement exposées.
- L’exposition aiguë, même à faible dose, provoque maux de tête, irritation du nez, yeux rouges et larmoiement.
- À plus forte concentration : troubles respiratoires, bronchites, œdèmes ou inflammations pulmonaires, symptômes d’asthme, troubles oculaires, lésions cutanées, eczéma de contact, atteintes du système nerveux, des reins et du foie si ingestion.
- On soupçonne également son implication dans certains cas d’eczéma atopique, d’otite chronique et d’allergies diverses.
On pourrait croire que la législation européenne protège efficacement les consommateurs. Après tout, les matériaux destinés à entrer en contact avec les aliments doivent répondre à des normes strictes. Les produits en bambou, renforcés à la résine, seraient donc parfaitement sûrs. Mais la réalité mérite qu’on y regarde de plus près.
Système de contrôle et angles morts
La législation encadre la sécurité des matériaux en contact avec les denrées alimentaires. Voici les principaux textes qui s’appliquent :
- L’article 11 du règlement (UE) n° 10/2011 de la Commission sur les matières plastiques et objets destinés au contact alimentaire (référence n° 17260, substance n° 98).
- Le décret tchèque n° 38/2001 Coll., qui fixe les exigences d’hygiène applicables à ces produits, concerne la céramique, le verre, le caoutchouc, les métaux et alliages, le papier, les peintures, la cellulose, les silicones, le liège, le bois, etc. Les tests se font à l’aide de simulateurs alimentaires : des substances qui imitent les aliments, soumises à des conditions précises de température et de durée.
- En Europe, la migration maximale autorisée de formaldéhyde dans un simulant alimentaire est de 15 mg/kg et de mélamine 2,5 mg/kg.
- Les fournisseurs doivent fournir une attestation de conformité à ces seuils.
Mais il y a un hic : quatre, pour être précis :
- La catégorie légale des produits en bambou pose problème.
Le bambou n’est pas explicitement visé par le règlement n°10/2011 de la Commission.
- Les limites de migration ne sont testées qu’à 70 °C. Or, on verse souvent des liquides plus chauds dans ces contenants, ce qui augmente le risque de dépassement des seuils fixés.
- Seuls les effets d’une exposition de courte durée sont étudiés. Les conséquences d’une utilisation répétée ou prolongée restent floues.
- Les tests se font généralement avec de l’eau ou de l’eau vinaigrée. Aucun test publié n’a été trouvé avec des boissons grasses (café au lait, par exemple), alors que la migration de substances nocives pourrait différer selon le type de liquide.
Les textes existent, les seuils aussi, mais la vaisselle en bambou reste entourée d’incertitudes. Résultat : il n’est pas exclu que certains produits « bambou » que vous utilisez chez vous présentent un risque sanitaire inattendu.
RASFF est un portail européen qui recense les alertes sanitaires sur des produits signalés par chaque État membre.
- L’analyse du portail RASFF met en avant que les produits en bambou apparaissent comme une nouvelle source potentielle de contamination alimentaire par le formaldéhyde et la mélamine.
- Des contrôles menés en Slovaquie en 2016 et 2017 ont également identifié des articles en bambou comme porteurs d’un risque de migration de substances nocives.
Le ministère de la Santé intervient aussi
Des produits en bambou courants ont été signalés comme dangereux. Quelques cas concrets :
- Thermocontenants en bambou : libération de formaldéhyde et de mélamine bien au-delà des seuils autorisés.
- Une tasse en bambou vendue chez Albert : tests labo à l’appui, libération excessive de formaldéhyde.
- Un set d’ustensiles pour enfants en bambou chez Penny Market : migration non conforme de mélamine et de formaldéhyde.
- Un ensemble de vaisselle en fibre de bambou commercialisé par la chaîne Mountfield.
Trois facteurs de risque à surveiller
Les données sont claires : la vaisselle en bambou contenant de la résine de mélamine n’est pas anodine dans certaines situations. Trois facteurs principaux augmentent le danger :
Température
Les tests de sécurité ne dépassent pas 70 °C, mais au quotidien, cette température est fréquemment dépassée. Faire bouillir de l’eau dans une tasse en bambou : à proscrire. Même principe pour le micro-ondes : pas de réchauffage dans ce type de contenant.
Acidité
L’acidité accélère la migration des substances toxiques. Café, jus de fruits, smoothies : mieux vaut éviter de les consommer dans des tasses en bambou.
État du matériau
Un produit rayé, usé, voit le risque de migration augmenter. Mieux vaut renoncer à utiliser de la vaisselle en bambou endommagée.
Et la résine synthétique dans tout ça ?
Ce dossier du bambou nous a donné du fil à retordre. Les informations disponibles ne nous semblaient pas assez précises. Impossible de se contenter d’avis généralistes ou des seules déclarations rassurantes de certains fabricants. Un dilemme s’est posé : continuer à vendre des produits en bambou liés à la mélamine-formaldéhyde ou tirer un trait, malgré la demande ?
On pourrait se reposer sur la conformité affichée, les certificats, les normes. Mais on a déjà refusé des cosmétiques classiques pour moins que ça, alors pourquoi céder ici ? L’intoxication grave après un café dans une tasse en bambou reste rare, certes, mais l’incertitude plane sur la sécurité réelle de ces produits. À quoi bon une tasse à thé ou à café qui ne supporte ni les liquides chauds, ni l’acidité de l’espresso ? Et qui sait ce qu’une exposition chronique à la mélamine ou au formaldéhyde provoque sur la durée ?
Certains continueront à utiliser et acheter des produits contenant de la résine synthétique. Mais chez Econea, impossible de défendre ce qu’on n’oserait pas utiliser soi-même. Notre priorité : garantir des choix sûrs sur notre boutique. En l’état, nous n’avons plus confiance dans la sécurité sanitaire et environnementale de certains produits en bambou. Notre réflexion s’est limitée à une question : quels articles utiliserions-nous les yeux fermés ? Et lesquels laisserions-nous de côté ? Nos décisions ont suivi :
- Arrêt de la vente des tasses en bambou Woodway : plus aucune tasse en bambou ne figurera dans nos rayons. Nous n’avons pas envie de boire dans une tasse conçue pour des boissons chaudes alors que la chaleur est précisément un facteur de risque, tout comme l’acidité du café.
- Maintien des assiettes Etobo : elles restent au catalogue et on les utilise nous-mêmes. Les enfants peuvent y manger des fruits en toute tranquillité lors d’un pique-nique, tant que certaines consignes sont respectées (listées sur nos fiches produits Etobo). Globalement, la gamme a été réduite et nous avons banni tout plat en bambou contenant de la résine de mélamine.
Que faire si vous possédez déjà une tasse Woodway en bambou ?
- Pas de panique. Les tasses Woodway ont été analysées par un laboratoire accrédité. Testées trois heures avec de l’eau vinaigrée à 3 % à 70 °C, les rejets de substances nocives sont restés minimes à ce stade. Ces tasses respectent donc la réglementation européenne. Notre retrait du marché relève d’une précaution supplémentaire.
- Si vous la possédez déjà, continuer à l’utiliser de façon raisonnée reste plus écologique que de la jeter. Malgré ce que disent certains fabricants, ces tasses ne sont ni compostables, ni recyclables. Leur seule issue : l’incinération.
- Évitez toutefois d’y verser directement des liquides brûlants. Les tests n’ont porté que sur 70 °C. Au-delà, le risque de libération de substances augmente. Préparez donc votre thé dans un autre récipient et ne versez dans la tasse qu’après léger refroidissement.
- Pour un « café à emporter », demandez au barista de préparer votre boisson dans un récipient classique puis de la transférer dans la tasse, éventuellement après ajout de lait. De toute façon, la plupart de ces tasses ne rentrent pas sous le bec d’une machine professionnelle.
Quelles alternatives au bambou ?
Pour le transport de vos boissons, plusieurs options existent : tasses RCup fabriquées à partir de gobelets en papier recyclé, modèles Jococup en verre borosilicaté robuste, ou tout simplement un bon vieux thermos en inox.
Et pour le reste ? Il existe d’autres alternatives fiables pour conserver et transporter vos repas. Les boîtes alimentaires en inox sont une valeur sûre : aucune migration de substances toxiques à craindre. Quant aux articles en bambou 100 % naturel, ils ne posent aucun problème non plus. Finalement, choisir ce qui entre en contact avec vos aliments n’a rien d’anodin : autant miser sur la transparence que sur le marketing. Le bambou, matière miracle ? Parfois, c’est surtout une belle illusion.













