Localiser la Jamaïque sur une carte du monde ne relève pas du simple jeu de géographie. C’est plonger dans l’histoire profonde d’une île qui, bien plus qu’une terre bordée de plages, façonne depuis des siècles un produit emblématique : le rhum. Ici, chaque goutte raconte un fragment d’héritage, de technique et de passion.
Origine du rhum
Impossible d’évoquer la Jamaïque sans parler du domaine de Hampden, l’un des piliers historiques de la culture sucrière et de la distillation locale. Fondée en 1743, cette exploitation a été le théâtre d’innovations et de transmission, portées d’abord par l’Écossais Archibald Sterling. En 1779, la Grande Maison s’élève, son rez-de-chaussée sert d’entrepôt pour le rhum, tandis que l’étage supérieur, ajouté vingt ans plus tard, accueille la résidence familiale. Après quelques changements de propriétaires, la Jamaica Sugar Company prend le relais en 2003, assurant la continuité de la production de rhums puissants, riches en esters et destinés à l’exportation européenne. En 2009, la famille Hussey fait l’acquisition du domaine lors d’une vente aux enchères du gouvernement jamaïcain. Depuis, cette lignée s’applique à perpétuer des méthodes artisanales, tout en structurant le fonctionnement de la distillerie.
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À gauche, Archibald Sterling ; à droite, Andrew Hussey, Outram Hussey et Christelle Harris.
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Le rhum Hampden prend racine dans une région emblématique, non loin de la distillerie Long Pond. Ce territoire, Trelawny, est bordé par les montagnes du « pays du cockpit » et se niche au cœur de la forêt tropicale.

Sur la carte de la Jamaïque pays du cockpit, on découvre une zone accidentée, couverte d’une végétation luxuriante. L’influence du relief karstique façonne ici le paysage, sur une superficie d’environ 1300 km². Un sixième de cette zone se trouve d’ailleurs dans une réserve naturelle. Situé à l’ouest, à cheval sur les paroisses de Trelawny et Sainte-Élisabeth, ce territoire connaît des températures élevées toute l’année, couplées à des précipitations abondantes. C’est aussi l’un des réservoirs d’eau potable de l’île, grâce à ses multiples rivières. Forêts denses et espèces endémiques, comme le colibri rouge-bleu, y trouvent refuge.
Les méthodes de production du rhum Hampden s’articulent autour de plusieurs pratiques spécifiques, qui contribuent à son identité :
- Eau de source, La distillerie bénéficie du plus grand puits artésien des Caraïbes. Toute l’eau utilisée provient de cette source naturelle, puisée parfois en profondeur.
- Fermentation naturelle, Ici, la fermentation dure longtemps, avec de la levure sauvage. On respecte les techniques du XVIIIe siècle, générant une concentration d’esters inégalée (jusqu’à 7000 g/hl, même si la réglementation fixe un maximum à 1600 g/hl). Le « dunder » (résidus de distillation) et la mousse sont intégrés dans ce procédé, perpétuant l’usage des résidus d’anciennes cuvées stockés jadis dans des fosses recouvertes de foin.
- Distillation exclusive en Pot Still, Le processus est entièrement artisanal, mené dans quatre alambics en cuivre. Le plus ancien, John Dore, date de 1960 et peut contenir 7560 litres. Chaque session de distillation dure environ 7 heures, pour un rhum titrant près de 82°.
- Vieillissement tropical, Les rhums reposent plus de 7 ans dans le climat chaud et humide jamaïcain, un environnement qui accélère la maturation et donne un profil aromatique incomparable (équivalent à environ 25 ans de vieillissement en Europe).
- Absolument aucun ajout, Aucun sucre, colorant, tanin, caramel ou glycérine n’est ajouté. Le rhum est mis en bouteille dans son expression la plus pure.
Hampden s’impose aujourd’hui comme l’une des distilleries les plus respectées au monde, portée par cinq principes fondamentaux de qualité.

À la différence de la grande majorité des distilleries, Hampden laisse la nature s’exprimer pleinement pendant la fermentation : aucune levure commerciale n’est utilisée. Les levures sauvages prolifèrent dans de grandes cuves de bois, installées sur des planchers patinés par le temps. La fermentation peut s’étirer sur douze semaines. Autrefois, on ajoutait même des fruits, cultivés à proximité, pour enrichir le profil aromatique. Aujourd’hui, le mélange de mélasse, de jus de canne, d’eau et de plumes se transforme dans de vastes cuves en cèdre, où se forme une mousse épaisse. Ce sont 86 cuves, de 8 à 10 000 litres chacune, qui accueillent ce ballet chimique ancestral.
Le moût est ensuite distillé dans l’un des quatre alambics en cuivre traditionnels. Les rhums aux arômes les plus marqués en esters trouvent parfois une seconde vie dans l’industrie alimentaire ou la parfumerie. John Dore (1960), Vendôme (1994), Forsyth (2010) et un alambic sud-africain TNT (2016) sont les gardiens de cette tradition.
S.B.S Jamaica 2019 RUM CZ/SK
Le S.B.S Jamaica 2019 est un rhum façonné par 1423 Spirits, élaboré à partir de la distillerie Hampden Estate (Hampden Dok, Dermot Owen Kelly-Lawson) selon la méthode Pot Still. Vieilli huit mois dans des fûts de chêne ayant contenu du sherry Pedro Ximenéz au Danemark, ce rhum affiche 59,2% en sortie de fût et a été embouteillé en 2020. Les amateurs d’arômes puissants et d’esters trouveront ici leur bonheur, avec une concentration comprise entre 1500 et 1600 g d’esters. Joshua SinghEn collaboration avec Alcohol.cz, le groupe United Drinks and Rum Presenters Rum CZ/SK. Cette édition limitée affiche fièrement le logo du groupe RUM CZ/SK sur l’étiquette. Seulement 189 bouteilles produites, un objet de collection pour les passionnés.
1423, World Class Spirits a vu le jour en 2008, après un déclic lors d’un salon du whisky au Danemark. Trois fondateurs, Bintu, Joshua et Glenn, se sont laissés séduire par le rhum, au point d’acheter leurs propres fûts. Parminder les rejoint juste avant le lancement de leur première cuvée, embouteillée fin 2008 et commercialisée début 2009. Rapidement, ils contactent d’autres producteurs, comme Ron Centenario (Costa Rica) et Bristol Spirits (Royaume-Uni), pour diversifier leur offre. En 2012, Thomas s’ajoute à l’équipe et l’entreprise adopte le nom 1423 Aps, en clin d’œil à leur premier rhum. Aujourd’hui, la société figure parmi les distributeurs haut de gamme les plus dynamiques du Danemark.
Joshua a confié avoir eu l’idée de créer une barrique spécialement pour le marché tchèque, après avoir remarqué l’engouement du groupe Facebook RUM CZ/SK. En association avec Pavel Linhart, ils affinent l’étiquette et organisent la livraison avec l’importateur United Drinks. Une démarche collaborative, conçue pour répondre à l’attente d’une communauté passionnée.

À gauche, Joshua Singh ; à droite, Pavel Linhart.
Des discussions ont même évoqué une seconde édition, avec une approche totalement inédite. La pandémie a cependant retardé la concrétisation, mais l’espoir demeure de voir naître une nouvelle création dans un avenir proche. L’attente fait partie du plaisir.
À l’ouverture, le rhum dévoile une personnalité tranchée. Le nez est puissant, dominé par des arômes d’esters, de sucre de canne, de miel et de fruits tropicaux, ananas, banane, sans oublier une pointe lactique, presque caillée. La maturation en fûts de sherry se fait sentir en arrière-plan, accompagnée de notes florales, d’une touche de tourbe et d’un soupçon de noix de coco.
Dès la première gorgée, l’expérience s’annonce intense. Ample, très riche en esters, le rhum frappe par sa force, son piquant et la chaleur qui se propage. Les saveurs oscillent entre fruits mûrs, canne à sucre, vanille, café et un boisé plus marqué qu’au nez. Les notes issues de l’ancien fût de sherry sont plus discrètes, tandis que la finale, longue et expressive, glisse vers une légère amertume et une sensation de sécheresse persistante.
Les amateurs de S.B.S reconnaîtront immédiatement la silhouette caractéristique de la bouteille : ronde, assez basse, dotée d’un fond épais et coiffée d’un bouchon en bois avec liège synthétique. La transparence de l’information prime ; toutes les données de production figurent sur l’étiquette, rehaussée du logo du groupe RUM CZ/SK. L’habillage vert et blanc s’accompagne d’un coffret soigné, à ouverture intégrale, qui valorise l’expérience de dégustation.
Ce flacon, rare et recherché, ne circule que lors de ventes aux enchères et dépasse souvent les 3000 CZK. Pour la communauté RUM CZ/SK, c’est bien plus qu’un simple achat : c’est la preuve qu’un petit pays peut porter un projet unique jusqu’à la mise en bouteille d’un grand rhum. Ceux qui connaissent les productions S.B.S savent à quoi s’attendre : une qualité constante, des cuvées jamaïcaines explosives, et ici encore, un concentré d’esters et d’énergie parfaitement maîtrisé. L’ensemble, du liquide à la présentation, se distingue par une vraie cohérence. L’avenir réserve peut-être d’autres éditions aussi mémorables.
Un grand merci à Joshua Singh et Jan Albrecht Cigarum pour leur disponibilité et leur partage d’informations. L’aventure du rhum jamaïcain continue d’écrire ses lignes, entre tradition, innovation et passion partagée.

