Ce qui façonne la vie quotidienne en Nouvelle-Calédonie

Vous êtes dans la catégorie Voyages, où vous trouverez des carnets de voyage et des carnets de voyage. La plus grande portion de minutes est celle du grand voyage autour du monde de Peter Daubner. Pour obtenir une liste complète de toutes les minutes triées de ce voyage, voir, Around the World 2009, 2011, article map.

Après quatre jours à Nouméa, l’appel de l’île s’est imposé. Comme à Tahiti, j’ai voulu parcourir la Grande Terre, mais ici, la Nouvelle-Calédonie s’étire bien plus loin : 500 kilomètres séparent ses extrémités par la route. Autant dire que le dépaysement est garanti dès les premiers kilomètres.

Arrêt de voiture calédonien

J’avais prévu dix jours pour sillonner la Nouvelle-Calédonie, que j’appellerai désormais Calédonie, comme le disent les locaux. On m’avait vanté la splendeur des îles Loyauté, réputées pour être les joyaux de l’archipel, mais faute de temps et de budget, j’ai opté pour un tour de l’île principale. Les transports publics restent rares et chers, alors j’ai privilégié l’autostop. Une façon efficace de rencontrer les habitants et de garder quelques francs en poche.

Ce choix s’est révélé judicieux : l’autostop fonctionne merveilleusement bien en Calédonie. L’attente reste généralement courte, sauf sur la côte Est où le trafic se fait plus discret, non par manque d’amabilité mais par la rareté des véhicules. Dans le Nord-Est, la circulation se fait au ralenti, mais partout, les rencontres sont chaleureuses. Kanaks, ces Mélanésiens autochtones, et Caldoches, les Blancs du pays, m’ont tous accueilli, chacun avec son accent et sa bienveillance.

Les échanges se sont parfois révélés plus simples avec les Blancs, souvent anglophones, mais les différences sociales ne sautent pas aux yeux. Quelques poches de marginalité subsistent à Nouméa, mais globalement, le niveau de vie reste élevé. Les salaires locaux dépasseraient le double de ceux de la métropole, ce qui attire de nombreux Français. Les voitures françaises et japonaises dominent les routes, Dacia Logan en tête. Les infrastructures routières sont soignées, une autoroute ceinture même Nouméa, et une fois sorti de la ville, on croise plus de bétail que de voitures. Avec seulement 250 000 habitants dont 40 % à Nouméa et ses environs, la Calédonie fait figure de paradis pour les automobilistes en quête de grands espaces.

Les bouchons sont inexistants, une rareté qui ferait rêver bien des citadins. Les villes, au sens strict, se comptent sur les doigts d’une main. Seule Koné, capitale de la province Nord, mérite ce qualificatif. Les autres « villes » ne sont souvent que de gros villages, 2000 à 5000 âmes tout au plus. Nombre de Kanaks vivent dans ce qu’on appelle les « tribus », ou « tribo » : de petits hameaux disséminés, dont le territoire s’étend bien au-delà du village, d’où parfois ces panneaux signalant une tribu sans qu’aucune maison ne soit visible.

Dans ces tribus, la fidélité aux traditions reste forte, mais le quotidien mêle aisément coutumes et modernité. Il n’est pas rare de voir une berline japonaise garée devant une case traditionnelle.

Au fil de la route, j’ai saisi combien la cohabitation fonctionne. Les Calédoniens forment un peuple composite, soudé par une prospérité qui doit beaucoup à l’extraction du nickel et aux aides substantielles venues de France. J’ai discuté avec deux Blancs sur la question de l’indépendance, possible depuis 2014 via référendum. Pour eux, l’idée relève de la fiction : perdre la manne française pousserait beaucoup de métropolitains à partir. Chez certains Kanaks, le désir d’indépendance existe, mais la réalité économique tempère les ardeurs. L’avenir, pour l’instant, s’annonce prometteur, la richesse du pays ne cessant de croître.

Le samedi en Calédonie ? C’est le jour de la fête, tout simplement.

Tiré du journal d’un autostoppeur

Jour 1-2. Bourail Inc

Lever matinal, sac allégé, j’ai quitté l’auberge de jeunesse de Nouméa et pris la route. À peine sorti du centre, la deuxième voiture m’a déposé à Bourail, à 163 kilomètres de là. Mon vrai but : la côte, à huit kilomètres de la ville, où la nature dévoile ses trésors. Le « Bonhomme de Bourail », un pilier de pierre sculpté par le ressac, veille sur trois plages lovées entre les rochers. L’une d’elles, la baie des Tortues, porte bien son nom : les tortues caouannes (Caretta caretta) viennent y pondre leurs œufs. J’ai eu la chance d’apercevoir l’une d’elles dans l’eau. Les vacanciers apprécient l’endroit, rendu accessible par la route. Pour plus de tranquillité, j’ai passé la nuit sur une plage plus discrète, croisant un pêcheur et un serpent, mais personne d’autre le soir venu.

Le lendemain, j’ai découvert une forêt de cycades à proximité, véritables fossiles vivants qui dominaient la planète il y a des millions d’années. Six mètres de haut pour certains, une allure de palmier et une robustesse qui force l’admiration. J’ai aussi croisé les premières mangroves, et, avec elles, les moustiques déterminés, même en saison sèche.

Le lagon de Bourail fait partie des six zones classées UNESCO sous le nom de « Lagons de Calédonie », couvrant 16 000 km². Paradis des plongeurs, on y croise tortues, requins, raies et une vie marine foisonnante. Je me suis contenté de quelques séances de snorkeling, sans grand succès : le sable dominait, la faune restait discrète.

Jour 3-6. Hienghène, Grand Nord et Aborigènes

Le troisième jour, j’ai traversé l’île de Bourail à la côte est, direction Hienghène, soit plus de 200 kilomètres. Le paysage change : à l’ouest, les pâturages clôturés dominent, à l’est, la forêt reprend ses droits, les précipitations sont plus abondantes et la population kanak plus présente. Ici, la tradition veut que piétons et conducteurs se saluent d’un geste de la main.

Ce jour-là, deux passagers m’ont marqué : ils fumaient de l’herbe en riant, profitant du trajet comme d’une fête improvisée. J’ai dormi au bord de falaises spectaculaires, admirées au petit matin avant d’atteindre Hienghène. Le village est célèbre pour sa « poule », une formation rocheuse en mer. Un centre culturel présente les cases traditionnelles et les totems canaques.

En sortant du village, je tombe sur un rassemblement : les Kanaks préparent un mariage. La cérémonie aura lieu dans deux semaines, mais le festival bat déjà son plein, entre repas copieux et échanges de tissus payés en francs et en monnaie traditionnelle. Ces petits sacs de toile colorée, enrobant des perles, servent encore lors des grandes occasions.

Après une longue marche, j’ai planté la tente près de la cascade de Tao, haute d’une centaine de mètres. Plus au nord, le samedi venu, la fête bat son plein : beaucoup de Kanaks roulent vite, boivent, parfois fument. Les épaves de voitures à l’abandon rappellent que la prudence n’est pas toujours de mise. Mes compagnons m’ont déposé à Balade, là où James Cook posa le pied en 1774, avant de rejoindre la tribu d’Arama, réputée pour son authenticité.

À Arama, l’accueil est d’abord distant. Les jeunes jouent à la pétanque et au foot, les femmes s’adonnent à un jeu de hasard. J’installe ma tente en bordure du village. Peu à peu, les habitants m’invitent à partager un match de volley, puis un repas. La soirée ressemble à un grand terrain de jeu, ponctué d’éclats de rire et de discussions simples. Au coucher du soleil, chacun repart vers sa maison, disséminée dans les environs.

Le lendemain, je poursuis vers le nord, m’arrêtant à Pum puis à Voh. Là se trouve le célèbre « cœur de Voh », une formation de mangrove à la forme parfaite, immortalisée par Yann Arthus-Bertrand. Mais sans avion ni hélicoptère, le motif reste quasiment invisible depuis la colline la plus proche. Grimper jusque-là ne vaut guère le détour si l’on n’a pas les moyens de prendre de la hauteur.

De retour sur la côte ouest, je cherche un lieu pour la nuit, mais les pâturages clôturés barrent la route. Une femme s’arrête et me propose de m’emmener jusqu’à Nouméa, soit 220 kilomètres. Au total, j’aurai parcouru 400 kilomètres en une journée. Elle vit près de Nouméa, dans une maison préfabriquée, et m’offre l’hospitalité. Son frère adolescent a construit, juste derrière, une cabane façon case où il retrouve ses amis pour jouer de la musique. J’ai partagé leur repas et leur toit, le temps d’une nuit.

La nature ne cesse de surprendre : ici, la plante carnivore Nepenthes viellardii déploie ses urnes redoutables pour piéger les insectes imprudents.

Depuis le clochard, ou trois jours dans le parc Rivière Bleue

À 50 kilomètres de Nouméa, le parc de la Rivière Bleue m’attendait. J’y ai passé trois jours et trois nuits, sac sur le dos, à explorer à pied. Un jeune Français m’a déposé à l’entrée, m’épargnant dix kilomètres de marche, mais j’ai tout de même avalé une soixantaine de kilomètres dans le parc.

Le parc de la Rivière Bleue m’a laissé l’impression la plus forte de tout mon séjour en Nouvelle-Calédonie. La rivière traverse un amphithéâtre de végétation verte et de terre ocre, contrastant avec l’eau bleu profond du réservoir. Jadis, l’exploitation du bois et du minerai a laissé des cicatrices visibles : fosses, zones d’érosion, arbres noyés par la montée des eaux.

Le parc est parfaitement aménagé, avec un réseau de sentiers balisés, des panneaux d’information, des aires de repos, des toilettes, des cabines téléphoniques alimentées par l’énergie solaire et même quelques gîtes. L’entrée coûte 400 francs, un tarif modique pour le confort proposé. Le camping est toléré gratuitement, même si l’eau potable manque : il faut prévoir de la désinfection ou transporter sa propre réserve.

La Rivière Bleue est aussi un livre ouvert sur la botanique locale. Plus de 3300 espèces végétales recensées en Nouvelle-Calédonie, dont 2011 poussent dans les forêts tropicales. Mais ces forêts ne couvrent plus que 22 % du territoire, contre 70 % autrefois. L’exploitation agricole, forestière et minière a laissé des traces. Dans le parc, 82 % des plantes sont endémiques, uniques au monde. Rien que pour les palmiers, 37 espèces sont présentes, dont 15 genres que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

Les plantes carnivores, comme Nepenthes viellardii, ne sont pas rares. Cette espèce produit des urnes de 20 centimètres, véritables pièges pour les insectes. Drosera neocaledonica, plus discrète, partage le même appétit. Mais les maîtres des lieux restent les arbres géants : les kaoris (Agathis lanceolata), certains millénaires, culminent à 40 mètres avec des troncs de neuf mètres de circonférence. D’autres géants comme Neoguillauminia Cléopâtre ou Montrouziera cauliflora impressionnent par leur prestance.

La faune, moins variée, regorge tout de même d’espèces uniques, dont le pigeon goliath, le plus gros du monde, et le magnifique gecko Rhacodactylus ciliatus. Mais la star incontestée reste le cagou (kagu à crête, Rhynochetos jubatus). Impossible de dissocier cet oiseau emblématique de la Nouvelle-Calédonie. Incapable de voler, il évolue dans le sous-bois, protégé par l’absence de prédateurs naturels… jusqu’à l’arrivée des chiens, chats et rats introduits par l’homme. Aujourd’hui, il ne subsisterait qu’un millier de cagous à l’état sauvage, dont près de la moitié dans le parc de la Rivière Bleue. L’administration, épaulée par le zoo de Nouméa, tente de renforcer la population tout en éradiquant les nuisibles.

Rencontrer un cagou dans la nature relève de l’exception. Pourtant, j’ai eu cette chance. Alors que je marchais sur un sentier, un oiseau blanc au regard perçant m’observait depuis les fourrés. Deux autres sont apparus, sans doute un couple et leur jeune. J’ai pu approcher à moins d’un mètre, appareil photo en main. Le cagou émet parfois un cri étrange, à mi-chemin entre le lézard et le grincement, et sa taille étonne, équivalente à celle d’une poule.

La Nouvelle-Calédonie avance, portée par l’espoir d’un avenir prospère. Le principal danger désormais : la menace écologique. Le sous-sol regorge de nickel et de métaux, les tentations extractives sont grandes. Il reste à souhaiter que le sens collectif l’emporte, pour préserver ces merveilles naturelles qui font la richesse de la Calédonie.

Après ce séjour au parc, retour à l’auberge de Nouméa. Pause bien méritée : tri des photos, lessive, courses, et organisation des prochaines étapes. L’archipel du Vanuatu s’annonce à portée de main sur la carte, mais le bateau mettra trois jours à l’atteindre…

Nouvelle-Calédonie, Informations pratiques

Quelques repères en septembre 2010 : 1 EUR = 119,33 F (franc Pacifique), 1 CZK = 4,70 F.

La Nouvelle-Calédonie figure parmi les pays où le coût de la vie est le plus élevé. J’ai fait mes courses dans un hypermarché à Nouméa puis limité les dépenses durant le trajet.

    Pour donner un aperçu des prix pratiqués dans les petits commerces de village :

  • baguette : 110-120 F
  • lait (1 litre) : 120 F

Parc Rivière Bleue

Le parc se situe à 50 kilomètres de Nouméa. L’entrée coûte 400 F par personne. Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 7h à 17h ; dernier accès à 14h. Le camping est possible sur place et j’y ai passé trois nuits. On peut s’y promener à pied, en vélo, à VTT, en bus ou en voiture (mais l’accès en voiture est limité à certaines zones).

Pour une visite sur une journée, mieux vaut combiner voiture et bus local, ce dernier desservant les parties inaccessibles en véhicule personnel. La signalétique est claire, l’infrastructure impeccable, et une carte complète est remise à l’entrée. Attention toutefois, l’eau potable fait défaut : prévoyez de quoi désinfecter ou stocker l’eau. L’électricité est absente, mais on trouve des cabines téléphoniques alimentées par le solaire pour toute urgence, à condition d’avoir une carte adaptée.

Tous les autres articles de Around the World que j’ai publiés en 2009, 2011 se trouvent sur cette ligne : DEUX ANS DE LA VACE

Cagou à crête (Rhynochetos jubatus)

Quelques actus

Quelle monnaie utiliser à Tel-Aviv ?

Tel-Aviv est l’un des districts israéliens les plus importants. La ville est la plaque tournante de l’économie et

Comment faire pour avoir un visa rapidement au Sénégal ?

Le Sénégal est une excellente destination. Que ce soit pour le tourisme ou pour les affaires, vous apprécierez