L’amour entre le sultan le plus redouté de l’Empire ottoman et une jeune esclave venue de Ruthénie n’a pas seulement fissuré les codes du harem : il a bousculé les fondations d’une dynastie entière.
Le nom de naissance de cette jeune femme née entre 1502 et 1506 à Rohatyn, territoire alors rattaché à la Ruthénie rouge, aujourd’hui en Ukraine occidentale,, s’est perdu. Les sources occidentales la nommeront plus tard « Roxolana » ou encore « la Russe ».
Vers treize ans, la petite Ruthène aux cheveux de feu est capturée lors d’un raid tatar. Vendue sur les marchés d’esclaves, elle atterrit dans le palais du sultan Selim Ier, puis passe entre les mains de son fils, le futur Soliman le Magnifique. Rebaptisée « Hürrem », « la Joyeuse »,, elle entre dans l’histoire en 1520, au moment où Soliman monte sur le trône.
PHOTO : Roxolana, de l’esclavage aux portes du pouvoir ottoman
Voici d’autres images qui racontent, chacune à leur manière, le parcours hors norme de Roxolana :
Hürrem n’était pas une concubine comme les autres. Si sa beauté frappait, son intelligence, son goût pour la poésie et sa vivacité d’esprit faisaient la différence. Rapidement, elle devient la favorite du sultan. Une année à peine après son arrivée, elle met au monde un fils, Mehmed, puis une fille, une entorse totale à la coutume du harem, qui interdisait au sultan de continuer à fréquenter une concubine après la naissance d’un garçon. Cette règle, forgée pour limiter les rivalités sanglantes entre les prétendants, sautera pour Hürrem.
Soliman le Magnifique, ici peint par Titien vers 1530, n’a respecté ni les usages ni les mises en garde.
En 1530, Soliman va jusqu’à épouser Hürrem, ce qui n’avait jamais été accordé à une esclave auparavant. Elle lui donnera cinq fils. Parmi eux, Selim héritera du trône, perpétuant ainsi la dynastie.
Hürrem, devenue « Haseki », « chère au cœur »,, demeure bien plus qu’une épouse ou la mère de ses enfants. Son influence s’étend jusqu’aux sphères diplomatiques et politiques. Elle négocie, conseille, correspond avec son mari, mais aussi avec des souverains étrangers. Elle initie des chantiers de mosquées, de bains, d’écoles, et multiplie les œuvres caritatives. À Jérusalem, elle fait bâtir une cuisine populaire qui nourrit les démunis, incarnant un modèle d’engagement social rare à la cour ottomane.
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Mais l’histoire de Hürrem n’a rien d’un conte immaculé. Elle n’a jamais reculé devant la lutte pour protéger sa position ou celle de ses enfants. Certaines sources l’accusent d’avoir joué un rôle direct dans la mort du prince Mustafa, fils aîné de Soliman, éliminé sur ordre de son père.
Hürrem meurt probablement de maladie en 1553. Pourtant, la violence dynastique ne s’arrête pas là : l’un de ses fils, Bajazet, sera exécuté en 1561 avec ses propres enfants, soupçonné de trahison. Quant à Soliman, il disparaît en 1566, à 71 ans, lors du siège de Szigetvár en Hongrie.
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